OBSERVER LES ENFANTS POUR COMPRENDRE LEURS DIFFICULTÉS


Même si parfois la science marque le pas dans certains domaines, nous sommes bien obligés de constater les progrès réalisés et le rythme frénétique des découvertes. Ces progrès, ces découvertes nous dépassent, nous émerveillent, nous interrogent. Qui sont donc ces savants, ces gens qui réalisent de tels prodiges ? Quel génie les habite ?

Quand on les écoute, quand on les lit, on se rend compte que ce sont des gens qui passent ou qui ont passé beaucoup de temps à observer. L'observation serait-elle à la base de toute découverte, de tout progrès dans la connaissance ? Même si c'est un peu rapide, faisons de cette question une hypothèse de départ dans le domaine de l'enseignement.

Dans cet article, j'aimerais répondre à quelques-unes de ces questions et montrer combien il est important d'observer nos élèves. Un acte peu présent dans les pratiques quotidiennes.

OBSERVER est plus difficile qu'il n'y paraît et nécessite qu'on apprenne :

APPRENDRE A SE TAIRE

Pas facile, direz-vous et je vous comprends. La parole est notre outil de travail.
Si on branchait un magnétophone dans chaque classe, quel que soit le niveau, et si on enregistrait tout ce qui se dit de 9 h 00 à 17 h 00, nous serions certainement surpris des rapports suivants :

Temps de parole des enseignants
Temps de parole des enfants

et

Nombre de mots prononcés par les enseignants
Nombre de mots prononcés par les enfants

Comment ne pas être agacé quand Peter PETERSON nous dit : "L'attitude calme et silencieuse est toujours cent fois plus efficace que le flot de paroles enseignantes" et comment ne pas être franchement irrité quand il dénonce l'excès de paroles des enseignants : "Moins l'enseignant parlera, plus l'enfant apprendra".

Se taire ne veut pourtant pas dire créer une ambiance de silence monastique dans sa classe. Bien au contraire ! Se taire, ce sera avant tout apprendre à vivre des frustrations et c'est peut-être pour cela que c'est si difficile à faire !

Notre métier n'est-il pas d'apporter de l'aide, de poser les questions qui vont guider la recherche, de valider des réponses. Nous pensons que si nous ne le faisons  pas, l'enfant va se perdre, mais peut-on apprendre à quelqu'un à retrouver son chemin  s'il n'a jamais été perdu ?

Quand se taire ? Un exemple.

Apprenons à nous taire au cours des leçons. Pensons des temps de silence suffisamment longs après des phrases importantes qui apportent des explications. Ces silences permettront aux enfants la réflexion, l'évocation, le questionnement. Trop souvent on enchaîne les explications et les enfants n'ont pas le temps de réfléchir. La réflexion nécessite le verrouillage de certains sens (verrouillage auditif) pour permettre un retour en arrière, pour se redire, pour revoir, pour réfléchir.

Pendant ces temps de silence (1 à 2 minutes), nous pourrons à loisir observer nos élèves. L'observation pour l'étonnement ? Il faut commencer par s'étonner avant de se mettre à rechercher.
 

APPRENDRE A ÉCOUTER

L'observation ne consiste pas seulement à prendre des indices visuels sur le comportement, les réactions des enfants, leur façon de s'organiser dans leur travail...mais aussi et peut être surtout, à écouter.

Combien de petites phrases prononcées à mi-voix fusent dans la classe à longueur de journée et qui sont autant d'appels à plus de compréhension. Nous ne pouvons pas les entendre car là aussi notre activité cérébrale verrouille en quelque sorte  nos perceptions auditives. Savons-nous percevoir  un "pff" de découragement, un soupir d'incompréhension, un "j'comprends rien" prononcés du bout des lèvres.

Savoir écouter, ce sera aussi laisser un enfant s'exprimer jusqu'au bout sans lui couper la parole. Ce sera montrer que son propos a de l'intérêt et donc avoir les mots justes pour lui dire. En reformulant une question ou une explication d'élève, nous participons activement à son écoute. Savoir écouter nos élèves passera obligatoirement par une possibilité pour eux d'utiliser le "je".

Combien de fois un enfants utilise-t-il le "je" pendant la classe ? En d'autres termes, combien de fois est-il vraiment lui-même avec la permission de dire ce qu'il pense, ce qu'il ressent, ce qu'il comprend, ce qu'il fait et ce qu'il n'arrive pas à faire. Un bon moyen d'évaluer l'élève, c'est de l'écouter.
 

APPRENDRE A DONNER LA PAROLE

J'aime à dire aux enseignants qui se plaignent d'avoir des enfants trop bavards : "Vous voulez qu'il se taisent ? Et bien donnez-leur la parole !"

Ce propos paradoxal et un tantinet provocateur veut simplement dire que l'enfant ne connaît pas bien  les règles du dialogue et que pour lui, prendre la parole devant un groupe, argumenter un point de vue, formuler clairement  une question est chose difficile, voire impossible puisqu'on ne lui a jamais appris et qu'on le met rarement en situation de pouvoir le faire. Peut-être même qu'il n'a pas l'occasion de le faire à la maison !

Vous allez me répondre : "Mais je les fais participer en leur posant des questions".
Oui d'accord, mais cette participation est-elle un vrai échange, une vraie communication ?
N'est-elle pas plutôt un contrôle continu ; une évaluation permanente en temps réel ?

Soyons objectifs ! Pouvons-nous parler de situation réelle de communication, de dialogue quand "c'est celui qui sait, qui pose des questions à celui qui ne sait pas ?(1)

(1) MEIRIEU

Parler, va bien au-delà de réponses à des questions. C'est  permettre une réelle prise de parole dans laquelle l'enfant va pouvoir argumenter, se justifier, gérer une certaine agressivité, poser des questions. Avons-nous peur d'entendre des questions d'enfant pour lesquelles nous n'aurions pas de réponse, nous qui représentons pour eux le savoir ?

Apprendre à écouter, à se taire, à donner la parole participe à la construction de la personnalité de l'enfant.
Apprendre à écouter, à se taire, à donner la parole fait vraiment partie de notre métier d'enseignant et d'éducateur.
En avons-nous suffisamment conscience ?
 
 

Service Pédagogique 1er Degré
J.L DILLE